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Llob
veut dire
« Lion. »
Comment ce
personnage
vous est-il
venu ?
Il
est né
le jour où
jai
constaté
que le livre
commençait
à battre
de laile
en Algérie.
Suspendu entre
lérudition
des uns et
le chauvinisme
stupide des
autres, le
lecteur algérien
ne trouvait
plus sur les
étals
des librairies
de quoi se
nourrir lesprit
sans devoir
se compliquer
lexistence
avec des ouvrages
confus ou
dégueuler
sur des pages
tonitruantes
de démagogie.
À cette
époque,
le parti unique
sévissait,
et les écrivains
étaient
sommés
soit de redorer
le blason
dune
nomenklura
défigurée
par ses abus
et son encanaillement,
soit de vanter
la « Révolution
54 »
jusquà
satiété.
Jétais
convaincu
que lincompétence
de nos gouvernants,
conjuguée
à leurs
magouilles
et à
leur inconscience,
allait faire
tomber le
ciel sur notre
tête.
Jai
donc créé
le commissaire
Llob pour
rompre avec
le roucoulement
ambiant et
proposer au
lecteur un
genre divertissant
susceptible
de l'aider
à surmonter
son déplaisir
quotidien.
Comment
le militaire
que vous étiez
a-t-il pu
enquêter
sur le monde
des corps
de police
algériens ?
Je
suis né
poète
avant de porter
luniforme.
Et un poète,
même
en refusant
de se faire
passer pour
un visionnaire,
sait regarder.
Ma vie de
soldat ma
permis, grâce
aux différentes
mutations
qui ont jalonné
ma carrière,
de connaître
mon pays.
Pour installer
Llob dans
son univers,
il me fallait
juste jeter
un coup dil
sur les agissements
de ses collègues.
En ma qualité
dofficier,
javais
des amis dans
le corps de
la police
(jen
eus certains
directement
sous mes ordres
durant la
guerre anti-terroristes)
et cest
ainsi que
javais
compris que
nous, policiers
et militaires,
étions
de la même
pâte.
Llob
meurt, à
la fin de
LAutomne
des chimères.
Vous le faites
revenir dans
La Part
du mort.
Pourquoi lavez-vous
de nouveau
convoqué ?
Llob
est plus quun
personnage
pour moi,
cest
mon meilleur
ami. Quand
il minvite
à écrire
ses enquêtes,
il minstruit
et minsuffle
un sentiment
de plénitude.
Je suis le
premier à
éclater
de rire lorsquil
sort ses répliques
assassines.
À aucun
moment, je
nai
l'impression
de raconter
une histoire
en le mettant
en scène ;
je la vis
et la partage
absolument
avec lui.
Ce flic désabusé
ma aidé
à traverser
une guerre
sans fléchir,
en gardant
ma lucidité
intacte et
en ramenant
ma colère
à sa
juste mesure.
J'aime sa
pugnacité,
somme toute
pathétique,
sa foi en
son pays et
lespoir
quil
nourrit envers
lhomme.
Propos
recueillis
en février
2006 à
la Foire du
Livre de Bruxelles.
Yasmina
Khadra est
né
en Algérie,
en 1955.
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