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Chuck PALAHNIUK
Le Choc d'une nouvelle vague



  Novateur, lucide, terriblement grinçant... Chuck Palahniuk est un auteur dangereux qui, en d'autres temps, aurait certainement vu ses livres brûlés sur les places publiques. Car le romancier du désormais livre culte Fight Club, adapté au cinéma avec Brad Pitt dans le rôle principal, est atypique en tout. D'apparence tranquille — comme pour confirmer, à l'ère du tout visuel, qu'il ne suffit pas d'afficher une dégaine incroyable pour être subversif —, Chuck Palahniuk ne fume pas, ne boit pas mais carbure au Prozac. Propriétaire d'une 22 long rifle, fils d'un aiguilleur ferroviaire et d'une employée d'usine nucléaire, frère de deux clercs franciscains et ancien mécanicien qui se défonçait tous les week-ends, il parle bien autrement que CNN ou l'Université d'une Amérique schizophrène, généreuse et puritaine, rigide et déjantée, lisse et obsédée par le pureté où « seuls l'écologie et l'art peuvent peut-être encore nous sauver ».
  Autant dire que la route est longue et se termine en cul-de-sac. Peu importe. Membre de la Cacophony Society, organisation gentiment subversive visant à chahuter l'Amérique traditionnelle, l'auteur de Berceuse et de Monstres invisibles préconise le droit à la rébellion moderne de l'individu noyé dans le collectif. Un être non fiché, non violent, incontrôlé et incontrôlable, grain de sable pensant qui organise la désorganisation par des actes isolés déréglant le système : bloquer les distributeurs de billets en y injectant de la graisse sous pression, annoncer des attentats en des lieux improbables, imprimer en masse de faux bons de réduction et laisser ensuite aller la colère des clients... Une forme d'anarchie. Une multitude de microrévoltes, sans idéologie et bizarrement corrosives. Simpliste ? À première vue seulement. Car Chuck Palahniuk ne théorise pas. Il raconte des histoires. Celle incroyable, dans Survivant, de Tender Branson, formé à « l'économie domestique » par une secte d'allumés pour devenir un parfait employé de maison et qui détourne un Boeing 747 mis en pilotage automatique à 1300 mètres d'altitude. Le temps pour lui de raconter à la boîte noire ses hallucinants secrets... L'histoire aussi dans Choke d'un jeune fils modèle obsédé par le sexe, ruiné par l'hospitalisation de sa mère, histoire dont l'origine se trouve dans un drame personnel ayant marqué l'auteur. Le père de Chuck Palahniuk, de tout temps homme à femmes, est assassiné en plein été 1999 alors qu'il devait voir une inconnue. Pour le comprendre au-delà de la mort, Palahniuk fréquente des clubs, suit un groupe de « sexooliques », puis, autre versant de son travail, se porte volontaire dans un hospice pour personnes âgées... En découle une fois de plus un roman qui assassine par l'absurde la déshumanisation d'une société prétendue rationnelle. Qui est fou ? Qui ne l'est pas ? Le mieux est encore de lire. Chuck Palahniuk a ses fans. Il est l'enfant terrible inclassable, ce génie qui dérange.


  « Je voulais montrer des héros disons... marginaux... qui ne ressemblent pas que l'on voit habituellement dans les films hollywoodiens. Des mecs qui ne veulent pas sauver le monde — mais plutôt le détruire... » (Chuck Palahniuk, dans Le Monde, article d'Emilie Grangeray)

  « Les maladies mentales, la schizophrénie, c'est parce qu'il est impossible, si l'on est attentif au monde qui nous entoure, de ne pas devenir fou » (Chuck Palahniuk, dans Elle, article de Héléna Villovitch)

 
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