|
|
 |
Très grand écrivain engagé, Thierry Jonquet est mort le 9 août 2009 à l’âge de 55 ans.
Il n’est pas fréquent que l’émotion soit si forte dans la voix qui annonce la nouvelle toujours brutale d’une disparition. Pas si fréquent que cela trouve un écho si puissant dans le cœur de celui qui écoute. Thierry Jonquet est décédé à 55 ans et c’est une perte commune profonde, prématurée ; le visage comme l’âme forte d’une période et d’une histoire littéraire et humaine, sociale et engagée, qui passe la main trop vite à une génération par moment démunie et qui s’en serait bien passée ; une génération, des lecteurs et des amis tellement peu pressés de voir s’en aller ces hommes et femmes de conviction, de colère, d’amour et de combats auxquels nous devons tous quelque chose.
Thierry Jonquet, né en janvier 1954 à Paris, ergothérapeute, enseignant, militant engagé durant toute sa vie et dernièrement médaillé de la LICRA en 2007 à l’occasion de la publication de Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte (Seuil), a commencé sa carrière d’écrivain en 1982 avec Mémoire en cage paru dans la collection Sanguine (Albin Michel). Venu très vite à la Série noire avec l’étonnant Mygale, dont les droits cinéma ont été réservés par Pedro Almodovar, Thierry Jonquet a par la suite écrit Du passé faisons table rase, Comedia ou La Bête et la Belle (numéro 2000 de la Série noire) C’est avec Les Orpailleurs puis Moloch, tous deux Trophée 813 du meilleur roman de l’année, que s’est confirmé et imposé ce ton si singulier, mélange d’ironie, de férocité et d’empathie. Auteur majeur du genre, c’est aussi dans une volonté farouche de refuser l’effet littéraire trop souligné et le principe de « belles phrases » que Thierry Jonquet a, par la construction impeccable et parfois jubilatoire de ses livres (La Bête et la Belle, La vie de ma mère !), dynamisé le roman noir français. Il a contribué à son évolution en n’oubliant jamais, au-delà de l’engagement, de raconter des histoires, à la manière d’un conteur respectueux mais sans concession, en faisant exister les personnages et les lieux. Un auteur social donc, touché par l’humain, mais un styliste aussi dans l’épure, auquel nous devons tous, lecteurs, des instants de pur plaisir, de peur aussi, de complicité rétrospective lorsque que s’achève la lecture. Un grand romancier nous a quittés, un homme de conviction et d’engagements auquel il convient, au-delà des livres, de rendre le plus respectueux des hommages.
« L'avantage
du roman noir,
c'est qu'il
donne toujours
des claques »
(Thierry Jonquet)
« Quelque
chose de pur
se dégage
de l'univers
de Jonquet,
quelque chose
qui n'est
jamais encombré
d'afféterie
et de décorum,
et ce quelque
chose, appelons
ça,
tout simplement,
la fiction.
Jonquet sculpte
la fiction,
c'est le matériau
qu'il façonne
pour lui donner
une âme,
le même
que celui
d'Highsmith
ou de Simenon,
il est difficile
d'en citer
beaucoup d'autres.
»
(Tonino Benacquista) |