Le Tournesol déchiré

«J’avais près de huit ans, ma mère vingt-huit, mon père trente-trois. Après avoir fui la révolution soviétique, traversé la Lettonie et la Belgique, mes parents et moi arrivons à Paris. Dans un modeste hôtel du quartier du Panthéon, nous nous initions à notre nouvelle vie. Initiation impitoyable, car le fait d’être juifs d’origine russe, avec un nom allemand, nous vaut plutôt le mépris que la sympathie. Peu à peu nous nous acclimatons. Mon père, malgré ses diplômes, travaille aux Halles, durement. Ma mère fait son marché rue Mouffetard avec délectation. Et moi, je vais en classe : premiers contacts avec des garçons de mon âge. Parfois insulté, parfois choyé, je suis, comme l’on dit en russe, «tantôt sur le cheval, tantôt dessous». Une harmonie fragile se tisse malgré tout entre nous trois et la vie française.
En contrepoint, cinquante ans plus tard, on voit se défaire cette harmonie. Non pas entre nous et les autres, mais entre nous trois. Pénible changement entre ma mère et mon père. Atroce changement entre ma mère et moi, en dépit de ma tendresse toujours présente sous mon exaspération.
Depuis mon enfance, les épreuves, leurs contrecoups m’ont fissuré, déchiqueté. Tempêtes douloureuses qui secouent les fleurs de nos jardins secrets. Et nos tournesols intérieurs assoiffés de lumière, plus ou moins déchirés, se tournent vers le soleil comme vers un pôle interdit.»
Genre littéraire
Mémoires et autobiographies
Époque
XXe siècle
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Détails
352 pages - 108 x 178 mm
EAN
9782070386857
Date de parution
Collection
Folio - no2513